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ISSN: 1537-6370 (print) • ISSN: 1558-5271 (online) • 3 issues per year
Politicians and civil servants charged with the task of helping a “French Islam” emerge in late twentieth-century France faced a vast, transnational network of more than 1600 Muslim associations and mosques in dozens of French towns and cities. During the colonial era, Islam in French Algeria was exempted from the 1905 separation of church and state, and no one at the time imagined that one century later, 5 million Muslims would inhabit metropolitan France. The legacy of French and later, Algerian, state oversight of the Muslim religion is still felt within Islam in France today. In the post-colonial period up until the 1980s, French authorities relied on immigrants’ home governments for the accommodation of religious requirements, from the salaries of imams to the creation of prayer spaces.
Les musulmans se sont installés en France à cause et à la suite des deux guerres mondiales, essentiellement en provenance des pays sous domination française, à la fois comme recrues dans les armées françaises et comme force de travail. Ils ont ensuite participé à la reconstruction et au développement du pays, comme immigration de main d'oeuvre, durant les Trente Glorieuses. Ces flux migratoires se sont poursuivis, après la décolonisation et les indépendances, dans les années 1960. S'ils ont été freinés par l'arrêt de l'immigration en 1973, ils n'en ont pas pour autant totalement cessé, puisque l'on considère que sont entrés, depuis lors, en France, chaque année, environ 100 000 immigrés d'origines diverses. Bien plus, l'arrêt de l'immigration, en rendant très difficile la perspective d'un éventuel retour en France, et le regroupement familial ont concouru à l'installation durable en France de familles immigrées cherchant plus ou moins consciemment à s'intégrer dans la société française. Peu à peu se sont constituées des communautés musulmanes qui ont essayé de négocier, surtout pour obtenir des avantages individuels plus que collectifs, les modalités de leur intégration. Les populations immigrées ont souvent été reléguées dans les zones d'urbanisation récente, l'habitat social et les banlieues des grandes villes et ont été cantonnées, pour la première, et souvent pour la deuxième génération, dans des métiers peu qualifiés directement menacés par le chômage. Les immigrés et leurs enfants appelés à devenir français, dès lors qu'ils étaient nés en France, ont été victimes d'inégalités et d'exclusions par l'école, le travail et le logement.
Ancien conseiller pour l'islam auprès du ministre de l'Intérieur Pour ce qui concerne la problématique de l'islam en France, le changement le plus caractéristique de l'alternance de 1997 (qui, à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale, amène la «gauche plurielle» de Lionel Jospin au gouvernement et Jean-Pierre Chevènement au ministère de l'Intérieur) n'est peut-être pas tant un changement idéologique, qu'un changement d'état d'esprit par rapport au pessimisme et, par voie de conséquence, au noninterventionnisme qui avait caractérisé le passage de Jean-louis Debré place Beauvau. C'est un changement qui opère donc un retour au volontarisme qui s'était peu à peu imposé à la fin des années quatre-vingt, notamment avec la création du Conseil de réflexion sur l'islam en France (CORIF) par Pierre Joxe, et qui avait continué avec ses deux successeurs socialistes, puis sous une autre forme, avec Charles Pasqua, après l'alternance de 1993.
The creation of a representative council for observant Muslims—the Conseil Français du Culte Musulman—is a landmark accomplishment of Fifth Republic France. It is a strong reaffirmation of the republican framework in which the representatives of organized religion are expected to operate in lay France. But it is also an uncharacteristic official acknowledgment of contemporary religious diversity. How did a country whose political system has been notoriously allergic to organized religion decide to assemble and embed Muslim leaders within a state-sponsored institution? Some clues are contained in the remarks above, which hint at the mindset of the ministers in charge of religious affairs. These statements, made by two key actors in the French government's efforts to integrate Islam into French state-church relations, can be seen as rhetorical bookends of a policy process aiming to bring France's Muslim population closer to the state. Over a nearly fifteen-year period, politicians of distinct party traditions drew on competing models of state-society relations to make this politically feasible.
Les deux urgences politiques sont de convaincre l'opinion publique que l'islam n'est pas un danger en soi et de convaincre les musulmans qu'ils ne sont pas la cible ou les ennemis des pouvoirs publics. Deux dangers guettent notre pays : la montée des intégrismes de toute nature, dont l'intégrisme laïque, et la confusion entre les intégrismes musulmans—dont le terrorisme islamiste est la forme la plus dangereuse—et l'islam, cette confusion étant entretenue autant par les adversaires de l'islam que par les intégristes musulmans qui veulent voir la destruction de notre société.
S'il est difficile de se prononcer sur l'avenir du CFCM-CRCM, le processus est indéniablement devenu un objet transactionnel, et cela au moins à trois niveaux : entre les acteurs islamiques, entre les acteurs islamiques et les acteurs publics, et enfin entre les acteurs publics. À ces multiples transactions se superpose une négociation constante entre l'échelle nationale et l'échelle locale. Ainsi le processus—dont on ne peut exclure l'hypothèse qu'au-delà des forces centrifuges qu'il génère il parvienne à enclencher une dynamique vertueuse d'intégration de l'islam (au sens d'harmonisation du paysage islamique)—n'ail pas seulement des effets intégrateurs sur le champ islamique. Il implique aussi un recadrage de l'action publique avec davantage de décloisonnement et de transversalité. « On est passés d'une approche segmentée, des approches plus ou moins techniques, comme sur la question de l'Aïd-el-Kébir, à une logique de convergence […], de transversalité de l'approche et puis de diffusion de l'approche qui peut en être faite », observe tel référent islam en préfecture de région. Et de conclure : « La structuration qu'on attend des représentants et, audelà, de la communauté musulmane s'applique également à l'État en région.
Depuis une dizaine d'années émerge en France une « conscience musulmane » concurremment prescrite, révélée et assumée sous l'effet d'une actualité nationale et internationale propice et d'une interaction avec la perception et l'énonciation par la culture nationale dominante des populations concernées. Il n'est qu'à évoquer le discours médiatique, où les « beurs », « jeunes de la deuxième génération » ou « Fran?ais d'origine maghrébine » cèdent progressivement la place aux « jeunes musulmans »—catégorie pour le moins restrictive qui donne une inflexion religieuse à des identités qui ne le sont ni fatalement, ni exclusivement. D'une part, le regard que l'on porte sur les populations d'origine maghrébine, et plus spécifiquement sur les « jeunes », s'est islamisé; d'autre part, la focalisation des débats publics sur l'islam (au travers, entre autres, des rebondissements de l'affaire du foulard et du vote d'une loi réglementant le port de signes religieux à l'école) a contribué à cristalliser un esprit de solidarité, voire une co-appartenance islamique.
Je travaille sur la réappropriation de la référence musulmane par la première génération de Français de confession musulmane, jeunes tous nés en France et socialisés à l'école de la République. Nous assistons en effet à la naissance de cette génération « à la fois française et musulmane », qui cherche a élaborer son identité à partir de son appartenance aussi bien à la France qu'à l'islam. Lorsque l'on étudie la situation de l'islam de France, un aspect essentiel apparaît : l'histoire de la laïcité en France crée les conditions d'émergence d'une nouvelle religiosité, puisque les musulmans de France ne trouvent plus les réponses à leurs questions en se tournant vers les pays étrangers. Qu'est-ce qu'être musulman dans une société laïque ? Où et comment faire la séparation entre le profane et le sacré ? Comment faire la différence entre les principes religieux et les formes historiques que ces derniers ont prises au fil des siècles dans les différentes sociétés musulmanes ? Le contexte de pluralisme démocratique laïque français oblige ainsi les musulmans, comme cela a été jadis le cas pour les autres croyants, à réorganiser leur manière d'exister et de croire à partir de cette nouvelle expérience. Ce n'est pas par de grandes théories que les croyants réinterprètent leurs textes sacrés, mais par l'expérimentation, le vécu.
Le titre donné à mon intervention peut surprendre. Qu'est-ce que ces deux groupes ont à voir ? La Fédération protestante a été créée il y a cent ans. Le projet naît en 1905 au moment de la séparation de l'Église et de l'état, mais elle n'a vraiment fonctionné qu'en 1909 avec la première Assemblée générale du protestantisme, et les baptistes n'y sont entrés qu'en 1916. Elle regroupe aujourd'hui de nombreuses dénominations et a intégré des petites églises protestantes de différents endroits de France : elle représente donc largement les trois quarts du protestantisme français.
Le sujet de cet article est cette expérience originale au niveau mondial que constitue la mise en place du CFCM, et je voudrais y apporter quelques précisions. Le CFCM a toujours été vu comme une instance représentative du culte musulman, et non pas des musulmans de France. Il s'agit d'un organe qui sert d'interlocuteur avec l'État sur des questions directemement liées au culte, et il ne se veut représentatif d'aucune autre entité. Les discussions concernant sa formation n'ont jamais dévié d'un pouce de cet objectif, et les questions soulevées depuis trois ans et demi (questions de la représentation des jeunes, des femmes, des associations culturelles…) indiquent qu'il y a eu un malentendu. Je souhaite donc préciser que c'est parce que le CFCM concerne le culte musulman que nous sommes partis des lieux de cultes pour définir le mode de scrutin.
Jonathan Laurence: Jean-Pierre Chevènement a fait savoir que l’État n’imposerait pas ses propres choix dans sa consultation avec l’islam. Vous avez dit, Monsieur Billon, que l’action de Sarkozy avec le CFCM avait pourtant quelque chose de « brutal » et de « cynique ». Quelle distinction faites vous par rapport à votre travail ? Y a-t-il aujourd’hui des contraventions à la laïcité qui n’existaient pas du temps de Chevènement ?
Gilles Kepel : Je voudrais ouvrir le débat avec la question de la représentation et de ses limites posée par l’organisateur de ce colloque, Jonathan Laurence. En effet, il n’est évidemment pas question d’instituer une démocratie directe puisque la France compte cinq millions de Musulmans. La question de la représentation est donc une question centrale à propos du CFCM et de l’organisation du culte musulman.
Evelyn Bernadette Ackerman Liberalism under Siege: The Political Thought of the French Doctrinaires by Aurelian Craiutu
Sudhir Hazareesingh Funerals, Politics, and Memory in Modern France, 1789-1996 by Avner Ben-Amos
Isabelle Merle Exile to Paradise: Savagery and Civilization in Paris and the South Pacific 1790-1900 by Alice Bullard
Jon Cowans Making Jazz French: Music and Modern Life in Interwar Paris by Jeffrey H. Jackson
Mary D. Lewis In the Aftermath of Genocide: Armenians and Jews in Twentieth-Century France by Maud S. Mandel
Sara B. Pritchard The Light-Green Society: Ecology and Technological Modernity in France, 1960-2000 by Michael Bess
Todd Shepard France and Algeria: A History of Decolonization and Transformation by Philip C. Naylor
Frank R. Baumgartner Party, Society, Government: Republican Democracy in France by David Hanley
Katherine Opello French Women in Politics: Writing Power, Paternal Legitimation and Maternal Legacies by Raylene L. Ramsey
Andrei S. Markovits Football in France: A Cultural History by Geoff Hare
Charles Cogan Qui a tué Daniel Pearl? by Bernard-Henri Lévy
In Charles Cogan’s article, “The Iraq Crisis and France: Heaven-Sent Opportunity or Problem from Hell?”, French Politics, Culture & Society 22, 3 (Fall 2004), it was stated on page 126 that on 21 December 2002 the French Chief of Staff visited the Pentagon.
Notes on contributors
Index to Volume 22 (2004)