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ISSN: 1537-6370 (print) • ISSN: 1558-5271 (online) • 3 issues per year
With this issue the journal enters exciting new territory. As we announced to readers earlier this year, French Politics and Society now adds Culture to its name to signal our ambition to broaden the multidisciplinary reach of the journal. We encourage anthropologists, sociologists, and historians to see FPCS as a place to present their work to a remarkably diverse readership that spans the globe. We also welcome contributions from specialists exploring connections between French society and cultural expression of all sorts, including film, the visual arts, literature, and popular culture.
Les questions familiales ont aujourd’hui une actualité politique forte en France, comme l’ont montré les débats récents sur les allocations familiales ou sur le PaCS et le « mariage homosexuel ». Mais si la famille fait l’objet de politiques, c’est qu’elle est aussi un objet politique. Envisager la famille comme objet politique, c’est prendre la mesure des diverses forces qui s’exercent sur elle « de l’extérieur » et des divers instances et processus sociaux qui la définissent, la construisent, la régulent ou la légitiment. L’étude des « politiques familiales » est peut-être l’entrée la plus évidente dans cette question, qui montre par excellence combien la famille peut être un enjeu public et une « affaire d’État ».
The debates on the PaCS in France have occasioned an outpouring of opinion about the nature of families. Particularly vexing has been the question of the status of same-sex couples. For purposes of inheritance and other legal questions, same-sex partnerships may be recognized as “unions” governed by certain contractual arrangements, but the line has been drawn at calling these unions “families” because of the question of children. All manner of expert testimony has been brought to bear on the matter of “lineage” and “kinship,” most of it seeking to prove that there is something either unnatural, culturally deviant, and/or psychologically damaging about children being born to or raised by two parents of the same sex.
In 1797, two brothers brought an unusual case to the French legislature. Their niece, the daughter of the famous martyr of liberty Michel Lepeletier, had been “adopted by the nation” in 1793. Now officially emancipated from her relatives’ tutelage, she wished to marry a debt-ridden young Dutch man. Unable to prevent the marriage through more traditional means, Suzanne Lepeletier’s uncles demanded that the state fulfill its duties as father. They insisted that the legislative assembly oversee the establishment of its adopted daughter, and with her, the fate of its revolutionary patrimony; Suzanne must be stopped from “denationalizing” herself through her planned marriage to a foreigner.
In her 1938 essay Three Guineas, Virginia Woolf questioned the meaning of patriotism and national belonging for British women who, because of their gender, were denied equal access to education, property, the professions, and the political world. As the growing possibility of war amplified the calls for national unity, Woolf suggested that such patriotic sentiment was illogical for women, as they played no role in the public life of the nation.
Les difficultés que rencontre en France l’adoption d’un texte permettant d’officialiser les unions homosexuelles ne se comprennent que si l’on retrace l’histoire des enjeux sociaux que constitue la famille dans le champ politico-bureaucratique aux origines de la IIIe République1. C’est que dans ce pays, la famille est devenue une catégorie de la pensée et de l’action politiques et fait l’objet de traitements désignés habituellement de « technocratiques », qu’il s’agisse des modalités de gestion des organismes spécialisés ou de la définition même des orientations politiques en la matière. La « famille », en effet, n’est pas « une donnée immédiate de la conscience» fut-elle politique. Elle circonscrit un espace beaucoup plus vaste que celui qui est habituellement réservé à l’activité politique, celui de la morale, voire de la religion, les deux étant, notamment en ce domaine, inséparables.
Les citoyens des départements d'outre-mer sont, en effet, des citoyens à part entière de la République; ils doivent être traités, ainsi que leur famille, de la même manière qu'en métropole
Depuis le milieu des années soixante, les familles changent en Europe et aux États-Unis. Cet énoncé banal fait consensus dans l’opinion publique et chez les spécialistes. Peu de personnes contestent que l’homme ait perdu sa première place dans la famille, devant la partager en partie avec sa partenaire— comme l’indique la fin de l’autorité paternelle, enregistrée par la loi de 1970 en France—et donc qu’en conséquence la femme occupe une position plus importante, voire même, pour certains, dominante puisqu’en cas de séparation c’est elle qui est parent gardien assurant la continuité familiale. Pour les féministes, il s’agit d’un mouvement ambigu qui trahit surtout une surcharge de travail pour les mères.
C’est dans le cadre d’une recherche sur l’alimentation dans la prime enfance1 que j’ai été amenée à réfléchir sur la confrontation entre normes de puériculture et pratiques familiales. En effet, chez les nourrissons, alimentation et santé sont des domaines très proches, ce qui se traduit par l’importance des conseils d’origine médicale ou para-médicale reçus par les parents2. L’influence que les premières années de la vie sont censées avoir sur le développement ultérieur de l’enfant, tant du point de vue physique que psychologique, constitue un moyen de pression non négligeable pour inciter les parents à mettre en pratique les conseils qui leur sont donnés. Dans ce contexte, on pourrait presque se demander comment des parents arrivent à faire autre chose que ce que leur médecin leur prescrit.
La possibilité pour une femme qui accouche de demander que le secret de son admission dans l’établissement hospitalier et le secret de son identité soient préservés a été introduite dans le droit civil français par la loi n° 93-22 du 8 janvier 19931. Cette possibilité d’accoucher secrètement, connue sous le nom d’accouchement sous X 2, n’existe que dans les droits français et luxembourgeois. Avant la loi de 1993, en France, cette disposition ne figurait que dans le Code de la famille et de l’aide sociale.
Pour étudier le débat public sur la reconnaissance des unions de même sexe, la comparaison transatlantique nous confronte à un paradoxe1. D’une part, pendant les années 1990, la référence aux États-Unis est systématiquement invoquée en France, qu’il s’agisse de genre ou de sexualité, mais aussi d’ethnicité ou de race. D’autre part, durant la même période, en France comme aux États-Unis, on débat publiquement de la reconnaissance du couple homosexuel : on parle ainsi en même temps de choses comparables des deux côtés de l’Atlantique.
Siân Reynolds, France Between the Wars: Gender and Politics (London and New York: Routledge, 1997).
Mary Louise Roberts, Civilization Without Sexes: Reconstructing Gender in Postwar France, 1917-1927 (Chicago and London: University of Chicago Press, 1994).
Laura Lee Downs, Manufacturing Inequality: Gender Division in the French and the British Metalworking Industries 1914-1931 (Ithaca: Cornell University Press, 1995).